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Expatriation : ne sautez pas sans parachute !

L’expatriation, c’est comme une carte météo. Une compilation d’orages, de passages nuageux, d’éclaircies, de soleil radieux… Voici ce que vous devez savoir pour que les prévisions restent au beau fixe.

Votre employeur décide de vous envoyer à l’étranger sous le statut d’expatrié. Pour que votre saut dans l’inconnu ne se transforme pas en chute libre, prenez le temps d’anticiper certaines situations. Sans quelques ajustements avant votre départ, vous pourriez vite déchanter.

Zoom sur le contrat d’expatriation. Avant votre départ, vous devrez signer un avenant d’expatriation, ou un contrat d’expatriation si vous êtes recruté pour partir immédiatement à l’étranger. Parmi les clauses, trois mentions sont obligatoires : la durée de la mission, la devise de paiement et les conditions de rapatriement. En tant que salarié, vous avez intérêt à ce que tout soit contractualisé. « Il faut négocier un maximum de choses avant de partir, et tout doit être écrit. Ne partez pas avec un contrat non signé », rappelle Philippe Laurent, spécialisé dans le coaching d’expatriés, notamment auprès du ministère des Affaires étrangères.

Le salarié sous statut expatrié est lié à l’entreprise d’accueil par un contrat de droit local, son contrat initial est suspendu. Au terme de sa mission, le contrat le liant à sa société d’origine est réactivé. Cette dernière a l’obligation de le réintégrer au sein de ses effectifs.

Inutile de vous dire qu’une expatriation coûte cher à une entreprise. En règle générale, les grands groupes prennent à leur charge toute une batterie de dépenses liées à l’adaptation et au confort du salarié et de sa famille (prime à l’expatriation, école pour les enfants, frais liés au logement, voyages aller-retour vers la France…).

Expatriation et protection sociale. Le salarié expatrié n’est plus affilié au régime français de Sécurité sociale. L’employeur doit procéder à une affiliation spécifique aux expatriés dont les modalités dépendent du pays d’accueil. Mais pour pallier les carences de protection sociale sur place, le salarié expatrié peut bénéficier des droits et prestations du régime français. Comment ? En adhérant au régime d’assurance volontaire de la Caisse des Français de l’étranger.

Expatriation et vie privée. Il est important de parler de votre projet professionnel à votre conjoint ou votre famille. « L’accompagnant doit souvent faire un certain deuil de ce qu’il a quitté », rappelle Philippe Laurent. Si vous avez des enfants, leur âge va aussi peser dans la balance. « Plus ils sont âgés, plus l’accord de la famille doit être unanime. »

Les conjoints ne sont pas forcément disposés à sacrifier leur vie professionnelle. « De plus en plus de couples ou de familles raisonnent en terme de double carrière. C’est une tendance que les entreprises doivent prendre en compte. Il faut par exemple aider la femme, ou le mari quand celui-ci doit suivre son épouse, à poursuivre sa carrière sous une forme ou une autre dans son pays d’accueil », explique Lionel Ancelet, qui accompagne des expatriés et leurs conjoints.

Les entreprises qui envoient des salariés à l’étranger ont bien saisi l’enjeu du facteur social. Elles ne le font pas par philanthropie, mais si un manager vit un échec dans sa vie familiale, l’expatriation peut tourner court même si tout se passait bien dans la vie professionnelle. Gare au retour de boomerang.


Expatriation et pays d’accueil. Vous pouvez bénéficier avant votre expatriation, ou dès votre arrivée sur place, d’une formation interculturelle. Certaines entreprises proposent ce type d’accompagnement à leurs employés et à leurs conjoints afin de faciliter leur adaptation. Dites-vous bien que l’expatriation nécessite aussi des ajustements culturels. « Les gens qui partent ont leurs a priori, leurs stéréotypes. Il faut savoir à quoi s’attendre et comment se comporter face à certaines situations interculturelles. Ne foncez pas tête baissée dans les malentendus, mais faites preuve de souplesse et d’humilité », insiste Lionel Ancelet.

N’hésitez pas à rencontrer des expatriés bien intégrés qui vous feront part de leur expérience et vous donneront quelques conseils. Ne limitez pas pour autant vos fréquentations au petit cercle des expatriés, car le seul moyen de connaître un pays, c’est de connaître ses habitants.

Les voyages de reconnaissance avec votre conjoint sont aussi très instructifs. Profitez-en pour vous renseigner sur les logements, les écoles, les conditions de transport, etc. Beaucoup de grosses entreprises le proposent dans leur package pour expatrié. Si vous êtes seul, partez en vacances sur votre future terre d’accueil pour nouer des contacts, prendre la température, constater sur place si le pays est fait pour vous.

Olivier Pierson © Keljob.com

Paroles d’expat’

Julien Dieudonné, 31 ans, team leader back office, rejoindra Singapour avec femme et enfants en janvier prochain :

« On m’a proposé un projet professionnel très intéressant, une belle enveloppe financière et une augmentation de salaire. Mais ma priorité est ma famille. Avant de partir, on en a ainsi discuté 4 mois avec mon épouse, en pesant le pour et le contre.  De plus, en juillet dernier, mon employeur m’a offert la possibilité de venir avec ma femme une semaine à Singapour tous frais payés. Cela nous a aidés à prendre une décision. Je suis venu à plusieurs reprises dans cette ville que j’adore, mais il était important que mon épouse prenne la température, qu’elle se sente bien dans cette ville très sécuritaire dotée d’infrastructures modernes. Vous ne pouvez pas vous lancer dans une telle aventure sans connaître le pays où vous allez, surtout quand vous avez une famille.
J’ajouterai qu’il est primordial de s’intégrer tout de suite au pays, ne pas penser à ce que vous allez quitter mais à ce que vous allez découvrir. Ceux qui font le contraire sont voués à l’échec… »

Olivier Pierson © Keljob.com